
Bingo drag à Paris : d'où vient ce jeu et où jouer cette saison
Le dimanche à la Villette, le mardi à Saint-Germain, le mercredi sur les quais de Seine : à Paris, il y a désormais un bingo drag presque tous les soirs de la semaine. Le principe tient en une phrase. Une drag queen tire les numéros, tu coches ta grille, et entre deux boules elle chante, balance des vannes et fait monter la salle en pression. Mais le jeu a une histoire plus militante qu'il n'y paraît. Voici d'où il vient, pourquoi il a pris à Paris, et où jouer en ce moment.
C'est quoi, un bingo drag ?
C'est un loto classique : des grilles de numéros, un tirage, le premier qui complète sa ligne ou sa grille crie « BINGO ». La différence, c'est l'animation. Au lieu d'un speaker de salle des fêtes, c'est une drag queen (parfois accompagnée d'une ou d'un drag invité·e) qui mène la soirée. Chaque numéro devient prétexte à une blague, une anecdote ou un commentaire sur le public. Entre les parties, les artistes font des lip-syncs ou des numéros chantés.
Les lots font partie du folklore : shots, cocktails, objets kitsch, cadeaux volontairement absurdes. Personne ne vient pour gagner un robot ménager. On vient pour l'ambiance.
Il existe aussi des variantes. Le bingo musical remplace les numéros par des chansons : la drag lance un extrait, tu repères le titre sur ta grille. D'autres soirées mélangent bingo, karaoké et DJ set.
Né à Seattle dans les années 90, pour lutter contre le sida
Le bingo drag est né au début des années 1990 à Seattle. À l'origine, il y a Judy Werle, responsable du développement du Chicken Soup Brigade, une association qui venait en aide aux personnes vivant avec le VIH. Elle cherchait un moyen de financer l'association et avait observé les endroits où les gens se réunissaient et dépensaient de l'argent. Le bingo s'est imposé, avec un problème : c'était un jeu jugé terriblement ennuyeux. L'idée a été de le confier à des drag queens.
La première soirée a été animée par les Sisters of Perpetual Indulgence, le collectif de « nonnes » drag né à San Francisco. Selon le magazine TIME, la file d'attente faisait le tour du pâté de maisons.
Le format s'est ensuite répandu dans toutes les grandes villes américaines (Boston, Chicago, Denver, San Francisco, Los Angeles...), le plus souvent au profit d'associations de lutte contre le sida. À New York, Linda Simpson anime depuis des années son Linda Loves Bingo, devenu une institution. Puis le bingo drag a traversé l'Atlantique.
Pourquoi un bingo, et pourquoi des drag queens ?
Le bingo a un avantage énorme : tout le monde connaît les règles. Pas besoin d'explication, pas de niveau requis, on peut jouer entre ami·es ou seul·e, un verre à la main. C'est un jeu qui laisse de la place pour autre chose, et cette autre chose, c'est le show.
Le tirage des numéros offre un rythme parfait à une drag queen : un temps mort toutes les dix secondes, qu'elle remplit avec de l'humour et de l'improvisation. Le public participe (il supplie pour le 12, il hurle quand quelqu'un gagne), ce qui en fait une soirée beaucoup plus interactive qu'un spectacle classique.
En France, le format tombe aussi sur un terrain connu : le loto associatif, celui des salles des fêtes et des clubs sportifs. La loi autorise les lotos traditionnels organisés dans un cercle restreint et dans un but social, culturel ou d'animation, avec des mises de faible valeur, inférieures à 20 euros. D'où des grilles à quelques euros et des lots en nature plutôt que des cagnottes.
L'arrivée à Paris : À la Folie, Minima Gesté et le Sidragtion
À Paris, le nom le plus associé au bingo drag est celui de Minima Gesté. Elle a lancé le rendez-vous du dimanche soir à À la Folie, dans le parc de la Villette, un bingo qui a commencé devant une trentaine de personnes avant de remplir la salle chaque semaine. Sur une année, le lieu a compté 52 dimanches, 208 parties, 53 artistes drag invité·es et 12 612 € reversés à dix associations.
La dimension solidaire des débuts américains se retrouve aussi dans le Sidragtion, lancé en 2016 par Enza Fragola et Minima Gesté pour collecter des dons au profit de Sidaction. Inspirée de la House of Hopelezz d'Amsterdam, l'opération mobilise chaque année des drag queens qui arpentent le Marais et les lieux LGBTQ+ pour quêter, et le bingo drag y a trouvé sa place. La première édition avait récolté un peu plus de 2 000 €, selon Têtu. Le Sidragtion s'est depuis exporté dans d'autres villes, de Rennes à Nantes.
Aujourd'hui, le bingo du dimanche à À la Folie continue avec Gigi Von Dredee, qui reçoit une nouvelle drag invitée chaque semaine.
Pourquoi ça cartonne autant aujourd'hui
L'arrivée de Drag Race France en 2022 a amené un public beaucoup plus large vers le drag, bien au-delà de la communauté. Beaucoup de gens qui n'auraient jamais poussé la porte d'un cabaret ont envie de voir des drag queens en vrai, et le bingo est la porte d'entrée la plus facile : entrée souvent gratuite, horaire d'apéro, pas besoin de connaître les codes.
Pour les bars, c'est aussi un format qui remplit la salle en semaine, un mardi ou un mercredi soir où il ne se passe habituellement pas grand-chose. Résultat, le bingo drag est sorti des lieux queer pour s'installer dans des pubs et sur des péniches.
Où jouer au bingo drag à Paris
Voici les rendez-vous repérés dans l'agenda queer.paris en ce moment. Les dates et les tarifs peuvent changer : vérifie toujours la fiche de l'événement.
Le dimanche : Gigi Von Dredee à À la Folie (19e)
Le rendez-vous historique. Tous les dimanches à 18h, au 26 avenue Corentin Cariou, dans le parc de la Villette. Entrée libre, grille à 4 € ou 10 € les trois. Chaque semaine, une drag invitée différente : Treize le 27 septembre, Uta Valentine le 4 octobre, La Gorgone Zola le 18 octobre, Daisy Lusion le 25 octobre et Morphine Blaze le 1er novembre.
Le mardi : le bingo musical de La Grande Patricia au Highlander Pub (6e)
Tous les mardis à 20h, au 8 rue de Nevers, à deux pas du Pont-Neuf. Ici, c'est un mélange de blind test et de bingo : la musique tourne, tu coches les titres reconnus sur ta grille. Entrée gratuite, pourboires en « Drag Dollars » recommandés. Voir la soirée du 29 septembre.
Le mercredi : Guilty Pleasure au Mazette (12e)
Chaque mercredi sur la péniche du 69 port de la Râpée, Maxima Laisante anime bingo drag et karaoké dans la salle principale à partir de 20h30, pendant que le rooftop danse sur les tubes des années 90 et 2000. Entrée gratuite. Prochaines dates : 7 octobre, 14 octobre, 21 octobre. Le Mazette organise aussi Défeül le dimanche 4 octobre à 16h, un après-midi avec bingo drag, DJ set, ateliers et pop-up.
Un mercredi sur deux : Le Bingo de Coco à La REcyclerie (18e)
Les 1er et 3e mercredis du mois, dans l'ancienne gare Ornano (83 boulevard Ornano). Coco Ricard et Cass Cassipopee enchaînent trois parties à partir de 20h, avec DJ et « gros lots (in)utiles ». Entrée libre, en terrasse ou à l'intérieur. Voir la soirée du 7 octobre.
Ponctuellement : Merci·Marsha (11e) et le Café du Village (13e)
Au Merci·Marsha, 8 rue Richard Lenoir, Janine Tendo et Toni Truande tiennent le Bingo Drag du Merci·Marsha : grille à 2 €, shots et cocktails à gagner, happy hour jusqu'à 20h. Au Café du Village, 21 rue Albert Bayet, Venus et Quetzal proposent Chantez, Shantay, un bingo musical avec karaoké (10 € avec une boisson et deux grilles).
Avant ta première partie
Arrive tôt : les soirées gratuites se remplissent vite et les bonnes tables partent avant le premier tirage. Prévois un peu de liquide ou ton téléphone pour acheter des grilles (certains lieux prennent la carte, pas tous), et garde quelques euros pour les pourboires. Les drag queens vivent en grande partie de ces soirées, et le tip fait partie du jeu.
Si tu gagnes, crie « BINGO » fort et sans attendre : un bingo annoncé trop tard ne compte souvent pas. Et accepte d'être pris·e à partie. Être assis·e au premier rang, c'est accepter de devenir le sujet de la prochaine blague.
Questions fréquentes
Faut-il parler français pour jouer au bingo drag à Paris ?
L'animation se fait en français, mais les numéros et le principe du jeu sont universels. Au bingo musical, les chansons sont souvent internationales. Certaines drag queens passent volontiers à l'anglais quand elles repèrent des touristes dans la salle.
Combien coûte un bingo drag à Paris ?
L'entrée est souvent gratuite. Les grilles coûtent en général entre 2 et 4 €, parfois moins cher à l'achat par lot. Certaines soirées sont en entrée payante avec boisson et grilles incluses.
Le bingo drag est-il réservé aux personnes LGBTQ+ ?
Non. Le public est très mélangé : bandes d'ami·es, collègues, couples, parfois familles. Ce qui est demandé, c'est de respecter les artistes et le lieu.
Quel est le meilleur soir pour un bingo drag à Paris ?
Le dimanche à À la Folie est le rendez-vous le plus installé. En semaine, le mardi au Highlander Pub et le mercredi au Mazette ou à La REcyclerie sont de bonnes options.
Tous les bingos drag et soirées drag de la semaine sont dans l'agenda drag, et l'ensemble des sorties LGBTQ+ à Paris sur queer.paris.